022/13.02.26: CORVIDÉ

Partout c’était la nuit. L’obscurité était si impénétrable que Corbeau se cognait partout. Insatisfait de cet état du monde, Corbeau erra tant bien que mal jusqu’à la maison d’un très vieil homme, qui vivait à l’embouchure du fleuve Nass avec sa fille. Il avait appris qu’il détenait la lumière du monde dans une toute petite boîte cachée dans d’autres boîtes, et il avait bien l’intention de se l’approprier. Il resta longtemps à l’extérieur, se demandant comment s’y prendre pour entrer sans être inquiété. Il tâta les parois de la maison mais ne trouva aucune ouverture discrète, il n’y avait que la porte d’entrée. Un jour, la jeune fille alla chercher de l’eau à la rivière, et Corbeau compris que son occasion était arrivée. Il se changea en épine de pin et se laissa emporter par le courant, jusqu’à se retrouver dans le seau que la jeune fille remplissait. Corbeau lui donna si soif qu’elle but l’eau à grandes gorgées et avala l’aiguille de pin. Il se nicha alors confortablement au creux de son ventre, et se transforma une deuxième fois. Quelques temps plus tard la jeune fille donna naissance à un nouveau-né d’étrange allure, doté de quelques plumes sur le corps et d’un regard vif et pénétrant. Le petit n’était autre que Corbeau lui-même. Il s’employa immédiatement à attendrir son grand-père pour gagne sa confiance, qui finit peu à peu par céder à ses exigences. Lorsque Corbeau obtint enfin les boîtes contenant toute la lumière du monde, il s’en saisit immédiatement tout en se transformant à nouveau en corbeau, et s’envola par la cheminée. Si heureux du butin qu’il tenait dans son bec, et de l’effet que la lumière produisait sous ses ailes alors qu’il survolait la terre, il ne fit pas attention à Aigle qui le pourchassait. En évitant de justesse ses serres crochues, il laissa malencontreusement tomber une bonne moitié de la lumière, qui se brisa sur les rochers en une myriade d’éclats qui rebondirent jusqu’au ciel et l’étoilèrent. Aigle pourchassait toujours Corbeau, et ils volèrent comme ça jusqu’au bout du monde. Epuisé, Corbeau laissa choir le dernier morceau de lumière qui disparut sous les nuages. Quelques minutes plus tard, un astre aveuglant se leva à l’est, et ses rayons se répandirent partout aux alentours.

Mythe tsimshian – apparition de la lumière sur le monde